Les références bibliographiques : choisir et lire efficacement

« Qu’est-ce je dois lire ? Est-ce que je lis assez ? Comment comprendre et retenir ce que je lis ?  »

Vous vous reconnaissez dans ces interrogations ? Elles reviennent périodiquement dans l’esprit des jeunes chercheurs.

Lire des ouvrages ou articles universitaires représente une partie non négligeable du travail des doctorants. En écrivant une thèse, on est censé se positionner dans un débat académique : il faut donc prendre connaissance des ouvrages des autres chercheurs sur les thèmes que nous abordons. Cette exigence est une source d’inquiétude et peut mener à un vrai blocage, car on peut perdre beaucoup de temps à vouloir tout lire, sans ordre et sans méthode.

Alors comment lire efficacement et sereinement ? Voici des conseils pratiques qui vous permettront, je l’espère, d’avoir un rapport plus apaisé à la bibliographie.

 

Comprendre ce que vous cherchez dans vos lectures

Lire un ouvrage prend du temps. Vous devez entrer dans la pensée de l’auteur, comprendre en quoi elle peut vous être utile. Vous risquez de vous égarer en vous éloignant de votre propre réflexion, sans savoir comment y revenir. Bref, lire implique du temps et un gros effort. Alors, sélectionner avec soin ce que vous lisez, c’est indispensable !

Quand vous ouvrez un ouvrage, ne le lisez pas automatiquement, parce que vous « croyez » qu’il faut le faire : demandez-vous ce que vous y cherchez.

Il y a trois grandes raisons de lire :

  • Lire pour explorer

C’est ce qui se passe quand vous cherchez des pistes, notamment en début de thèse, ou bien quand vous souhaitez améliorer votre connaissance globale d’une discipline, d’un champ thématique.

Quand on lit pour explorer, de façon assez ouverte donc, on peut tomber dans un piège : celui de ne pas savoir comment s’orienter, ni quand s’arrêter. Vous ne lirez jamais « toute » la littérature académique sur tel ou tel sujet : le croire serait une illusion nuisible à votre travail. Dans un autre article de ce blog, une doctorante nous explique qu’en début de thèse, elle se sentait obligée de lire tous les ouvrages importants de sa discipline, d’accumuler des piles de lecture… et qu’elle y perdait un temps fou.

Alors, explorez, oui, mais avec méthode ! Pour cela, ne décidez pas d’emblée d’un programme de lecture roboratif. Lisez par salves successives de deux à trois textes ; après une première salve,  réfléchissez tranquillement, pendant deux ou trois semaines, à ce que vous venez de lire. Quels éléments ont retenu votre curiosité ? Et maintenant quels points précis souhaitez-vous approfondir ? En fonction de votre réponse, orientez-vous vers les prochains deux ou trois textes.

En procédant ainsi, vous remettez votre propre intérêt, votre propre recherche au cœur de la démarche.

  • Lire pour contextualiser

Vous avez besoin de connaissances précises qui ne sont pas dans vos données de terrain ; par exemple, si vous travaillez sur les expressions artistiques urbaines dans tel quartier, vous voudrez peut-être expliquer combien d’habitants compte ce quartier et quel est leur profil socio-économique. Pas besoin de faire vous-même le recensement, si celui-ci existe déjà. Ou encore, si vous travaillez en littérature sur des auteurs du XVIIIème siècle, vous lirez probablement des ouvrages d’histoire pour comprendre leur époque. Vous n’êtes pas vous-même historien, mais il est bon de connaître le contexte de son sujet d’étude. Attention, au moment de la rédaction ne vous laissez pas déborder par les informations de « contexte », ne mentionnez que celles qui sont utiles à votre argument ; sinon vous finirez par n’écrire que des généralités.

  • Lire pour argumenter

En cours de rédaction par exemple, vous cherchez de quoi étayer votre propos. Vous vous demandez si un auteur scientifique n’aurait pas déjà émis une hypothèse intéressante sur le thème de votre sous-section, ou sur tel ou tel concept que vous avez envie d’employer. Vous allez donc faire une lecture ad hoc, très spécifique ; elle ne doit pas vous prendre trop longtemps, et elle doit répondre précisément à votre besoin. N’hésitez pas à faire une recherche sur internet et à consulter des articles de revues scientifiques en ligne, qui rendent de grands services, pour apporter rapidement des outils conceptuels précis au moment où on en a besoin.

Ce que vous devez retenir, c’est que vous pouvez commencer à rédiger avant d’avoir « tout » lu ; car en fait c’est en rédigeant, en développant votre argument, que vous comprendrez de quelles lectures vous avez besoin.

Développez une approche pragmatique

  • Les ouvrages qu’on lit à fond et les ouvrages qu’on parcourt

Comme je l’ai dit précédemment, il faut sélectionner les quelques ouvrages que vous lirez de A à Z avec une grande attention : ils seront finalement assez peu nombreux ! Je me rends compte qu’il est iconoclaste de dire cela, mais soyons franc : puisque lire un livre intégralement et attentivement ne peut se faire rapidement, « toute lecture est une perte d’énergie dans la tentative, difficile et coûteuse en temps, pour maîtriser l’ensemble » ; c’est ce qu’explique bien Pierre Bayard dans son ouvrage, un brin provocateur, « comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? ».

Mais que faire des ouvrages intéressants mais qu’on n’aura pas le temps d’éplucher à fond ? Les ignorer ? Non, bien sûr. Vous pouvez les parcourir intelligemment, lire l’introduction puis les parties les plus pertinentes pour vous. Vous pouvez aussi lire des synthèses de qualité. Ce qui est important, ce n’est pas de connaître de façon très précise le contenu de ces livres, mais de pouvoir les situer, c’est-à-dire de comprendre comment ils se situent par rapport aux autres ouvrages de la discipline, d’identifier les courants de pensée qui forment le paysage de votre champ d’étude. Et pour cela, il n’est pas besoin de tous les connaître à fond ; par contre, vous devez saisir leur signification globale.

Maîtriser votre bibliographie, c’est maîtriser les relations entre les livres que vous connaissez, bien plus que vous souvenir de chacun de ces livres en détail.

  • Composer avec l’oubli

On me dit parfois : « que faire ? j’oublie tout ce que je lis ». Eh bien, c’est normal ! Notre cerveau est ainsi fait. On ne retient pas tous les détails, mais seulement quelques arguments, et une impression globale ; et encore, bien souvent, nos souvenirs sont un peu faux, car on réinterprète ce qu’on a lu à l’aune de notre propre vision. Mais tant mieux : c’est ainsi que nous construisons notre propre perception des choses.

Que vous lisiez un livre intégralement ou que vous ne fassiez que le parcourir, adoptez deux règles qui vous feront gagner du temps : d’abord, isolez les éléments précis que vous souhaitez réutiliser (les passages que vous voudrez citer dans votre thèse par exemple), en les ordonnant d’ores et déjà, par thèmes, dans un classeur physique ou virtuel. Deuxièmement, pour la vision d’ensemble, pensez à écrire une synthèse (d’une demi-page par exemple) à la fin du livre, qui vous servira à pouvoir vous souvenir de son positionnement global.

Ainsi, vous n’oublierez ni la situation du livre dans le paysage intellectuel, ni les éléments précis et isolés que vous souhaitez utiliser.

J’espère que cet article vous sera utile et vous permettra d’aborder avec moins de stress la constitution de votre bibliographie. Une dernière astuce : pour les questions techniques, comme le format de la bibliographie ou son traitement informatique, pourquoi pas consulter le site Cerise ?

Avez-vous du mal à constituer votre bibliographie à choisir vos lectures ou à trier tous les concepts que vous y trouvez ? Au contraire, êtes-vous parvenu à un certain pragmatisme ? J’attends vos témoignages et commentaires !

3 commentaires

  1. Je fais une thèse en sciences de gestion. J’ai des difficultés pour mon plan. Faut -il faire un plan en 2 parties on commencer directement par les chapitre ?

  2. Moi je suis entrain de faire une thèse en assainissement et cela fait ans que je suis inscrit et jusqu’a nos jours j’ai vraiment des difficultés à plonger réellement. je suis encore dans la lecture et la collecte de données et d’information. la rédaction proprement dite me pose problème.

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