Faire une thèse et avoir des enfants : est-ce compatible ?

Avoir un enfant est un bouleversement majeur dans une vie : vous voilà entièrement responsable d’un petit être qui demande beaucoup, mais vraiment beaucoup, de temps et d’attention. C’est un nouvel amour dans votre vie, mais d’un point de vue strictement pratique, c’est aussi beaucoup de contraintes !

Finie la liberté de travailler dès qu’on a l’inspiration, de s’absorber dans son travail, d’oublier de faire le dîner pour continuer à rédiger tel chapitre… Dorénavant, il faut faire face à une montagne de responsabilités ménagères liées au bébé. Quelle place va-t-il rester pour la thèse ?

Si vous faites une thèse et que vous avez des enfants, vous êtes confrontée à des difficultés de plusieurs ordres : sociales, émotionnelles, pratiques. Il faut apprendre à les surmonter pour donner à votre thèse la place qui lui revient.

Un défi psychologique

Je veux revenir ici brièvement sur des difficultés que connaissent en particulier les jeunes mères.

L’écueil de la culpabilité

Je ne suis pas psychologue et je ne peux pas toujours expliquer le ressort de certains phénomènes, mais je note par exemple que la maternité s’accompagne assez souvent d’un sentiment de culpabilité bien ancré.  On se sent coupable envers tout et tout le monde : envers son directeur, parce que la thèse ralentit ; envers son conjoint, parce qu’on est beaucoup moins disponible pour lui ; mais surtout envers son enfant, dès qu’on prend du temps pour soi.

Les jeunes mères veulent parfois tout prendre en charge, elles pensent qu’il est de leur devoir de tout assumer tout le temps et que la moindre défaillance est une grave faute.

Comme la thèse est un projet personnel chronophage, que l’on mène par passion, par curiosité, elle commence à apparaître comme une sorte de caprice que l’on ne devrait pas se permettre. C’est comme si la thèse volait du temps que l’on devrait plutôt donner à son foyer. Elle est donc peu à peu reléguée au dernier plan : on la travaille quand on peut, c’est-à-dire quand un peu de temps se libère (ce qui est rare). Forcément, on stagne, et finalement on finit par se sentir coupable aussi de ne pas avancer assez vite sur sa thèse !

Il ne faut pas s’enferrer dans ce piège. Prenez une décision et assumez-la : vous pouvez arrêter la thèse, ou la continuer. Si vous la continuez, c’est que c’est important pour vous, alors décidez une bonne fois pour toutes de vous donner les moyens de la faire et sans aucune culpabilité. Sachez que votre enfant n’a pas besoin d’une mère qui a tout « sacrifié » pour lui (ce qui est affreusement étouffant) : il a plutôt besoin d’une mère heureuse et épanouie dans ses projets. Ce n’est donc pas une catastrophe en soi si vous faites garder votre bébé ou que vous mettez vos enfants au centre de loisirs pendant les vacances. Acceptez le temps donné à la thèse comme un temps légitime. De même, quand vous êtes avec votre enfant, soyez vraiment présente et heureuse d’y être (et ce sera d’ailleurs plus facile si vous avez votre vie personnelle par ailleurs).

Quoi de mieux qu’un exemple pour illustrer mon propos ? Voici l’interview d’une maman doctorante qui s’assume et s’organise :

 

Douter de ses capacités

Deuxième écueil fréquent chez les jeunes mères : le manque de confiance, le doute. Avec un ou des enfants, on a vraiment l’impression d’être moins efficace que les autres, d’avancer moins vite. On est moins disponible pour les déplacements, les séminaires. C’est surtout vrai quand les enfants sont petits et prennent donc beaucoup d’énergie. Je n’ai pas de solution miracle mais je vous invite au réalisme : oui, vous allez être un peu plus lente que les femmes sans enfants, et que les hommes, malheureusement. Mais sachez que ce handicap peut être réduit par une meilleure organisation et une meilleure efficacité dans le travail : ne lésinez pas sur l’apprentissage d’une bonne méthodologie. Et surtout, ne vous percevez pas vous-même comme définitivement disqualifiée : restez dans la course, au fil des mois et des années, peu à peu vous allez retrouver votre capacité de travail et comme vous aurez appris à être efficace, vous serez meilleure que les autres !

Quoiqu’il en soit, finir sa thèse lentement vaut mieux que ne pas la finir. Acceptez votre rythme, respectez les différents temps de votre vie, et pas à pas vous parviendrez au bout.

Je finis par un mot pour les pères : vous aussi avez vos propres difficultés, liées aux attentes de réussite sociale qui pèsent fortement sur les hommes et ne sont pas toujours faciles à vivre. Beaucoup de jeunes chercheurs qui deviennent pères souhaitent passer plus de temps avec leurs enfants ; je ne peux que vous encourager à oser le faire, oser dire non à un déplacement non indispensable, à une réunion tardive, oser prendre quelques semaines de congé parental même si la présentation de la thèse doit être un peu retardée.

Un défi pratique

Donner la juste place à sa thèse, pour qu’elle ne soit pas la dernière roue du carrosse, cela passe par un meilleur équilibre émotionnel et une meilleure motivation, comme nous venons de le dire ; mais aussi par une bonne organisation de votre temps de travail. Quand on a peu de temps, il faut savoir l’utiliser.

Gérer un temps de travail soumis à interruptions

Quand on a des enfants, on est souvent interrompu dans son travail (par exemple, parce qu’il faut impérativement s’arrêter à 17h pour aller les chercher à l’école ou à la garderie) et les plages de travail sont plus courtes. Cette situation n’est pas idéale, mais vous devez faire avec ! N’oubliez pas, quand vous interrompez une tâche, de noter très précisément sur la même page ou dans un carnet ce par quoi vous devez reprendre votre travail ; par exemple, si vous êtes en train d’écrire, et que vous savez, à ce moment précis, comment poursuivre, mais que vous devez vous interrompre, alors écrivez rapidement vos idées : « continuer à parler de Untel qui avait commenté la théorie de x, en prenant pour exemple le cas… etc ».  Cela vous permettra de reprendre plus facilement par la suite.

D’ailleurs, un petit carnet peut vous suivre partout, pour que vous puissiez noter vos idées quand vous n’êtes pas à votre bureau. Pensez à l’organiser par thématiques, pour vous y retrouver. Noter vos idées peut vous permettre de vous en détacher pour être plus présente à ce que vous faites.

Compartimentez : dédiez un temps à chaque dimension de votre vie

N’attendez pas que du temps se libère pour votre thèse. Il ne va pas se libérer tout seul. C’est vous qui allez le chercher. Apprenez à déléguer certaines tâches (à votre conjoint, vos parents) et veillez à trouver au plus vite un mode de garde efficace pour votre enfant si ce n’est pas encore le cas (pas facile, je sais, mais c’est une condition sine qua none).

Chaque dimension de votre vie doit avoir sa propre place, tout ne doit pas être mélangé. Quand vous travaillez à la thèse, vous devez être présente pour la thèse ; pour cela, sortez par exemple de votre lieu de vie et allez en bibliothèque ; isolez-vous. De même, les enfants auront un vrai temps dédié, rien qu’à eux, où il ne faut pas chercher à travailler par bribes en s’échappant de temps à autre. Enfin, n’oubliez pas de vous ménager un vrai temps de repos et de loisirs, qui peut être court, mais sanctuarisé. Faites un peu de sport, si vous aimez ça ; marchez ; lisez des romans…

Ce n’est pas votre intellect tout seul, détaché du reste, qui finira votre thèse : c’est vous tout entière en tant que personne qui devez être assez forte pour porter ce travail : c’est pourquoi prendre soin de soi, de toutes les dimensions de sa vie, est indispensable pour terminer la thèse, pour tenir sur la durée.

Soyez régulière/ier

Pour finir sa thèse, il y a un maître mot : travailler régulièrement. L’instauration d’une routine rend les choses plus faciles. Par exemple, vous savez que tous les jeudis après-midi et samedis matin (au hasard), vous vous consacrez à votre thèse, quoiqu’il advienne. Vous n’êtes là pour personne.

De même, je vous invite à tenir un agenda avec des objectifs : il est utile de s’organiser en apprenant à poser des objectifs hebdomadaires et quotidiens qui soient réalistes. Il existe de nombreuses méthodes et outils d’organisation : Kan Ban, journal Doers Wave, logiciel Trello…

La clé d’une bonne organisation et de savoir lister, certes, mais surtout prioriser ce que vous avez à faire, car on n’arrive jamais à tout faire : il faut donc savoir mettre certaines choses en haut de la liste. Une thèse est un objectif important, mais jamais « urgent » au quotidien, c’est pourquoi les tâches de la thèse passent généralement après le reste. C’est à vous de rééquilibrer ceci à travers l’établissement de quelques priorités dans votre agenda.

Fuyez les longues parenthèses où vous ne travaillez pas sur votre thèse. Elles distendent le lien et sapent la motivation. Il peut certes vous arriver d’être dans le creux de la vague, de ne pas savoir comment avancer, d’être submergée par les imprévus… Donnez-vous alors des tâches simples en rapport avec vos capacités du moment : relire un texte, annoter un article… C’est peu, mais c’est beaucoup mieux que rien, car vous maintenez ainsi votre thèse vivante et en mouvement.

N’hésitez pas à laisser votre témoignage dans les commentaires, il peut être très précieux pour d’autres doctorant(e)s.

A bientôt !

 

15 commentaires

  1. Bonjour,
    Merci pour cet article et pour tous les témoignages. Je suis maman d’un petit garçon de 9 mois, et souhaite me lancer dans une thèse. J’ai 32 ans. Pas encore inscrite, je cherche d’abord un financement par le biais d’un contrat CIFRE. Ce sera ça ou rien.
    J’ai déjà contacté mon ancienne directrice de mémoire de l’époque du Master qui m’a plutôt encouragée. Mais j’ai des doutes, je n’arrive pas à me lancer. Je ne sais pas si ma motivation vient d »une profonde envie d’évoluer dans mon métier, ou d’une réelle envie de faire de la recherche, envie qui me trotte depuis le Master. J’ai pris énormément de plaisir à écrire mon mémoire et j’ai un sujet en tête qui me passionne. Je dois juste définir si c’est une fuite en avant par envie d’évolution.
    Et bien sur, la peur, peur de l’engagement, de ne plus pouvoir revenir en arrière car on ne laisse pas tomber un financeur et un directeur de thèse, peur de ne pas assurer entre la garde du petit, et le travail. Peur de ne pas trouver de débouchés également, car soyons réalistes, qui dit qu’un travail nous attend au bout ? Et pourtant, cette petite voix qui me dit : fonce !!
    Maintenant, je sais grâce à vous qu’enfant et thèse ne sont pas incompatibles, mais est on tous égaux face à la grande question de l’organisation familiale et professionnelle ?
    Merci encore

    1. Merci pour votre message Martina. C’est effectivement une décision importante à prendre. Parfois il est bon de suivre cette petite voix qui nous pousse à agir plutôt que nos peurs ! Mais comme vous le dites, cela dépend des conditions et avoir un financement peut tout changer. Bon courage !

  2. Bonjour,
    Je suis doctorante en troisième année de thèse et j’ai eu ma fille le 2 avril 2019, j’étais alors en deuxième année et ma grossesse était très très fatigante ! et après une fausse couche j’avais décidé de ne plus me stresser et donc j’ai ralenti le rythme depuis ma grossesse et après mon accouchement j’ai aussi été dans une bulle !. Au départ, je voulais prendre une année sabbatique pour être plus zen mais comme je ne suis pas financée mon directeur de thèse m’a dit que ça n’était pas la peine.
    Ma fille a 5 mois et j’ai trouvé une place en crèche à partir du mois de septembre 2019, de plus je devais aussi travailler quelques heures par jours pour mettre du beurre dans les épinards! mais il se trouve que pendant les deux semaines d’adaptation, ma fille dormait beaucoup au retour à la maison, et elle n’avait pas fait de selle pendant une semaine. C’est là où je me suis vraiment posé beaucoup de questions sur la nécessité de mettre un petit bébé en crèche car c’est un environnement très bruyant! quand je la laisse le matin il y a beaucoup d’enfants qui pleurent, du coup il me met à pleurer et donc dort de fatigue ! …bref, je rentrais chez moi avec une boulle au ventre me demandant si j’avais fais le bon choix ! , je n’arrivais même pas à me concentrer sur ma thèse ! c’est pourquoi dernièrement avec son père nous nous sommes dit que ça serait préférable que je la mette moins et que je refuse le petit boulot que j’avais trouvé qui ferait que je laisse ma fille à la crèche toute la journée (8H-18H) pour pouvoir travailler dans une école et passer du temeps à la bibliothèque. C’est comme ça que j’ai décidé de la laisser uniquement de 10H à 13H pour pouvoir retourner à la maison et travailler sur ma thèse, mais je suis complètement désemparée car le temps passe vite, puisque le temps de la déposer, revenir chez moi faire deux trois petites taches ménagères, manger quelque chose car je continue à allaiter sauf le midi où elle mange à la cèche (la crèche est à 10MNT) me poser commencer à travailler il est déjà 13H, donc elle se réveille d’une petite sieste et du coup quand elle rentre avec moi elle n’a pas vraiment envie de faire une sieste ! car en prenant cette décision, je me suis dit que l’après midi elle fera une sieste, donc je pourrai travailler !….

    Je n’ai pas de famille en France et mon mari travaille beaucoup, et puis c’est lui qui gère les finances de la maison ! donc son aide est là, mais bon c’est très ponctuel.
    La j’ai signalé à la crèche qu’elle restera tous les jours de 10H à 13H sauf les mercredi car je voudrais faire des activités avec elle ce jour là. Aussi, je me suis dit que je vais travailler la nuit, mais pour le moment, après l’avoir couché et donné le sein je me sent tellement fatiguée et je n’ai qu’une seule envie c’est dormir ! il m’est arrivé de me mettre devant mon ordinateur, mais je suis comme un zombie et je finie par l’éteindre et aller dormir !…..

    Je suis paralysée par l’anxiété car j’ai l’impression que je n’arrive à rien gérer ! ni la thèse , ni ma fille !, là je me suis posé pour travailler et elle est sur son tapis d’éveil une partie de moi me dit (vas jouer avec ta fille, raconte lui des histoires ) et une autre partie me dit (travaille tu joueras avec elle une autre fois )….
    Mon inscription en thèse était très difficile, j’ai dû batailler pour réaliser ce rêve, quand je suis arrivée en France avec le projet de faire une thèse, j’ai eu un directeur de Master qui m’avait beaucoup dévalorisé si bien que j’avais abandonné et je me suis livrée à des études pour avoir un master professionnel !, mais la thèse a toujours été mon rêve c’est pourquoi récemment après un stage à l’organisation internationale de la francophonie, j’ai eu l’idée d’un sujet qui a intéressé un nouveau directeur de master qui a cru en moi et m’a fait confiance pour me prendre en thèse ! certes il n’est pas très présent ! mais lui m’a donné ma chance ! …j’ai bien commencé, j’ai même eu une bourse de mobilité mais c’est tombé avec ma grossesse et je ne pouvais pas voyager car cela était contre indiqué !……Bref, je me sent tellement coupable, car c’est mon rêve, celui de mon père, même mon mari ne cesse de me booster en me disant qu’il ne faut pas que j’abandonne ! puisque des fois je craque et je me dis que je ferai mieux de me trouver un travaille pour pouvoir donner à ma fille les chances que je n’ai pas eu !…

    Ma soutenance est prévue pour décembre 2021, mais je n’ai pas encore de plan et je croule sous les fiches de lectures! et les documents en vrac sur mon ordinateur, je dois réorganiser la thèse et revoir mes objectifs à la baisse ! souvent je me dis que je n’y arriverai pas et qu’il vaut mieux que je sois réaliste !
    surtout que je culpabilise de ne pas être à 100% mentalement pour ma fille, surtout que c’est ces premiers mois de vie ! je me sent comme une mère incompétente !
    Merci pour votre aide et je vous souhaite une bonne continuation et surtout bon courage aux papas et mamans !

    1. Bonjour Amel, merci d’avoir écrit ce long commentaire très émouvant et qui va parler à beaucoup de jeunes parents. J’y retrouve des éléments habituels : manque de temps, pression, culpabilité … Par rapport à l’adaptation à la crèche, peut-être vous êtes-vous démoralisée un peu vite : c’est normal que ce soit un peu difficile au début ; de plus l’enfant perçoit votre propre anxiété. Vous êtes passée de tout (l’enfant 10 heures par jour à la crèche) à presque rien (des horaires courts et très difficiles de 10h à 13h). Il faut trouver un compromis, vous pouvez la mettre à temps plein 3 ou 4 jours par semaine, cela fera 3 autres jours où vous vous consacrerez pleinement à elle, par exemple.
      Mettre son enfant en crèche n’est PAS une faute morale. La crèche est un lieu adapté et sûr pour l’enfant. Ce que votre enfant attend de vous c’est que vous soyez équilibrée et heureuse. Un temps pour la famille, un temps pour la thèse. Ne sacrifiez pas votre thèse, ça ne rendra heureux personne. Certes, vous avancerez doucement cette année, mais avancez quand même, à petits pas ! Bon courage, et soyez en sûre, la meilleure mère du monde pour votre petite, c’est vous. N’hésitez pas à lui parler de vos rêves et de vos choix.

  3. Bonsoir je suis mère de 3 enfants à bas âge y compris un bébé. Depuis mon inscription en thèse j’ai perdu la motivation a cause de trop d’occupation et j’ai souvent envie d’abandonner. votre article m’a permis de comprendre que malgré toutes les occupations et les vacarmes je peux espérer terminer un jour. Je pense que le coaching pourra me mettre un peu de pression et me faire tenir dans mes planifications. y a t il un moyen d’être coacher en ligne?

  4. Bonjour,

    Pourquoi l’article est écrit au féminin ? Il n’y a que les femmes qui ont des enfants ? Elles sont les seules à avoir des difficultés à concilier leur vie personnelle et professionnelle ? Quand est-ce que cette mentalité va enfin disparaître ? Le fait d’avoir un enfant ne devrait pas être un frein pour les études ou la carrière d’une feme plus que pour un homme, ce problème ne devrait même pas être considéré comme exclusivement féminin.

    1. Bonjour Luciole, si vous avez bien lu l’article j’évoque aussi les pères, avec leurs soucis spécifiques. Mais vous avez raison, je m’adresse tout de même plus longuement aux mères. Pourquoi ? Parce que dans les faits, dans ce que j’observe chaque jour en formant et en accompagnant des doctorants, les femmes sont plus bouleversées dans leur travail par l’arrivée d’un bébé que les hommes (même si ceux-ci ont aussi des difficultés, que, encore une fois, je ne nie pas). D’abord, ce sont elles qui prennent un semestre ou une année de césure pour mener à bien leur grossesse puis pour se remettre de l’accouchement et des premières semaines, qui, vous le savez, sont très dures physiquement et parfois moralement. Ce sont elles qui, éventuellement, allaitent. Et ce sont souvent elles qui prennent le plus en charge le bébé. Ce que je vous dis là, ce n’est pas une opinion. Ce n’est pas comme si je disais : seules les mères doivent s’en occuper. C’est un fait que je constate. Je n’ai pas le pouvoir de le changer, même si j’encourage dès que je le peux les pères à prendre toute leur place. Donc oui, j’ai choisi de m’adresser aux mères parce que sont elles qui accumulent les difficultés. J’espère que cela changera et que bientôt mon article sera obsolète, mais pour l’instant, j’assume de leur accorder une attention spécifique car elles ont des soucis spécifiques. Je ne vois pas ce que ça changerait de nier cette réalité.

      1. Bonjour,

        Je conviens très bien de ce que vous avez écrit, mais pour être père de 3 enfants et mener une thèse depuis un an et demi, je puis vous dire qu’un article sur la situation des pères pourrait également être le bienvenu.
        Pour ma part, ma situation de doctorant fait que je consacre beaucoup plus de temps au foyer et aux enfants que ma compagne qui travaille beaucoup.
        Je ne vais pas rentrer dans les détails mais de nos jours la gestion du foyer est beaucoup plus égalitaire.
        De plus, une femmes ne fait rarement un enfant seule, et que dire quand c’est le père qui est doctorant ?
        Ce serait bien de pouvoir publier un article également sur la situation des hommes doctorants, qui je pense serait totalement différent mais tout aussi nécessaire et pertinent.
        Merci

  5. Bonjour Émilie, Nesma et Anne-Laure,

    Je suis maman de 3 enfants (9 ans, bientôt 5 ans et 8 mois …) et j’entame ma 3 éme année de thèse avec une pause maternité d’environ 7 mois ! Je prévois de soutenir en 2020 (je croise les doigts). Il est vrai que c’est une gymnastique de tous les instants et cela demande une organisation de fer pour pouvoir avancer comme on le souhaite. J’ai dû en ce qui me concerne revoir mes objectifs à la baisse n’ayant pas de mode de garde pour le petit dernier avant janvier 2019 ! Cela peut-être frustrant voire même décourageant mais on apprend à relativiser et à être efficace plus rapidement. Je suis ravie d’avoir découvert ce blog et compte bien suivre les recommandations pour le plan de thèse lorsque mes statistiques seront derrière moi …
    Bonne continuation.
    Bien à vous
    Camille

    1. Bonjour Touati ! Merci pour ce message ! Revoir ses objectifs à la baisse cela arrive à tous les doctorants : cela ne doit pas vous faire perdre confiance. L’essentiel est d’avancer doucement mais sûrement, régulièrement, pas à pas, garder un rythme, même lent. Bonne chance !!

  6. Bonjour Emilie et Nesma,

    Merci pour ce retour d’expérience qui fait écho ;-). Je suis jeune maman, thésarde et salariée aussi puisque je suis en CIFRE. Personnellement, je me sens bien plus épanouie aujourd’hui en tant que maman et doctorante (suite à une reconversion professionnelle). Etre parent, c’est aussi faire des choix, dire « non », s’organiser et surtout prioriser. On apprend beaucoup à relativiser.

    Côté logistique, on programme tout à l’avance sur l’année ! Je sais exactement quels séminaires et colloques je veux faire (ou pas), quels déplacement je peux programmer et quels cours je peux donner. Le planning avec la nounou et les autres gardes est calé et même s’il y a toujours des aléas, cela donne le cap.

    Egalement, l’entourage joue un rôle encore plus important pour les doctorants-parents. Un conjoint disponible et compréhensif, des parents et beaux-parents prêts à donner un coup de main sont aussi des conditions sine qua non de réussite. Si possible déléguez certaines tâches (dont le ménage… et penser à lister ces mêmes tâches pour les partager avec votre conjoint. ex: via Wunderlist) voire en oublier certaines (bye bye repassage) pour se libérer du temps. Evitez également de penser pouvoir travailler quand les enfant sont là et essayez le plus possible de les faire garder en semaine.

    Sur la grossesse et l’arrivée du bébé, je rejoins tout à fait ton conseil Emilie: toujours essayer de lire (même juste 30 minutes) un article ou un bout de livre, écrire aussi de temps en temps. Les arrêts de longue durée rendent le retour à la réalité de la thèse plus compliqués.

    En tout cas, si c’était à refaire, je le referai les yeux fermés ! Belle continuation à tous.

    1. Merci pour ce témoignage positif Anne-Laure ! On sent que tu as plein de volonté et d’énergie, et ça ça aide aussi ! (avec une bonne organisation, effectivement…)

  7. Chère Emilie
    Je dis chère car vos précieux conseils m’ont accompagné tout au long du passionnant mais oh combien pénible travail de la thèse .
    Je suis avocate à la cour de cassation depuis plus de quinze ans et je m’étais à deux reprises inscrite en thèse pour vite renoncer à cause (et parfois grâce) aux aléas , engagements et bonheurs de la vie tels que la naissance de ma fille ( où le travail intellectuel paraissait impossible avec celui plus physique de la maternité ) , l’enseignement du droit à la fac , les dossiers à la cour et j’en passe ..
    Puis il y ‘a pratiquement cinq ans , un déclic m’est arrivé qui est celui de me réinscrire une troisième fois ( en espérant que c’était la bonne ! ) avec un nouveau sujet qui est intitulé :  » Le juge et la concurrence « .
    Commence alors un long cheminement intellectuel parsemé de doutes , d’angoisses , de fatigue ( concernant surtout la gestion du temps par l’accumulation de tous les engagements précités et d’autres encore ..!:)) mais j’ai tenu bon ;il m’arrivait parfois de ne dormir que trois heures la nuit et profiter du calme de la maison , ou encore écrire des paragraphes à mon cabinet entre un client et un autre .. Ma persévérance et cette voix intérieure qui me disait que c’était ma dernière chance m’ont aidé pour finir la recherche dans les délais légaux .
    Ainsi , le fameux 16 Juin 2018 j’ai déposé administrativement à la faculté MA THESE en ayant la satisfaction du travail bien fait et de l’analyse juridique cohérente …Aujourd’hui je suis soulagée et fière de moi-même d’avoir pu réaliser mon rêve ..Le rythme effréné me manque un peu, mais j’apprends à profiter du repos du guerrier .
    Affectueusement
    Nesma MADANI .

    Il y

    1. Merci beaucoup Nesma d’avoir pris le temps d’écrire ce message qui est un formidable encouragement pour les doctorants jeunes parents qui vous liront. Bravo pour votre persévérance, je suis très heureuse que vous ayez pu soutenir votre thèse. Je vous souhaite une très bonne continuation et encore des défis à relever !

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