Comment écrire un projet de thèse convaincant ?

C’est avec le projet de thèse que tout commence pour vous, si vous avez envie de faire une thèse. Vous allez l’envoyer à des professeurs intéressés par votre thème de recherche, pour leur demander de devenir votre directeur ou directrice. Le projet de thèse peut également servir dans le cadre de demandes de financement. Les enjeux sont donc très importants : il faut convaincre ! C’est aussi une occasion d’affiner votre questionnement et de poser de premières hypothèses, bref de mettre un pied dans la recherche.

Renseignez-vous !

Je ne vais pas entrer ici dans les détails concernant la forme du projet (nombre de pages, rubriques exactes etc.) car c’est extrêmement variable selon les universités. En France, un projet d’une dizaine de pages est le format le plus courant dans les SHS, mais il y a des exceptions. Au Canada, l’écriture du projet de thèse peut faire partie intégrante du doctorat et déboucher sur un document d’une centaine de pages, qui sera plus ou moins intégré à la thèse ensuite (comme une première étape).

Je vous conseille donc de vous renseigner précisément avant de commencer. Par exemple, si vous avez déjà eu un premier contact positif avec un professeur et que celui-ci vous demande de lui envoyer un projet, vérifiez auprès de l’école doctorale combien de pages il doit faire et ce qu’il doit contenir.

Si vous postulez ensuite ailleurs, vous devrez adapter votre projet pour coller aux exigences et aux attentes de ce nouveau laboratoire. Là encore il ne faudra pas hésiter à demander des précisions de vive voix, bref, à communiquer !

 

 

Les messages que fait passer votre projet de thèse

Votre projet de thèse sert à faire passer plusieurs messages. Vous devez convaincre votre lecteur que :

  • Votre projet de recherche est intéressant, prometteur
  • Vous avez les facultés personnelles pour le mener à bien
  • Vous saurez comment vous y prendre
  • Vous vous intégrerez bien à la vie du labo et / ou vous répondrez aux exigences du contrat de financement

Ce n’est pas une mince affaire ! Avant même que votre thèse ait commencé, vous devez montrer assez de maîtrise du sujet pour en démontrer l’intérêt et l’originalité ; vous devez donner à voir votre capacité d’autonomie, alors que vous commencez tout juste à découvrir la recherche… C’est un peu contradictoire. Mais il faut relever le défi, et pour cela, agir avec méthode.

Bien que le format des projets soit variable, je vais lister ici des éléments qui doivent être présents, à un moment ou à un autre, dans votre texte, et qui vous permettront d’être convaincant(e).

Les éléments indispensables de votre projet

Une brève présentation de votre parcours

Votre projet s’inscrit dans une logique : en quelques lignes, rappelez vos compétences acquises, les diplômes universitaires obtenus récemment, votre spécialité, et ce qui vous a amené(e) à vous interroger sur le thème de recherche que vous proposez aujourd’hui.

On doit comprendre que vous ne foncez pas tête baissée dans un domaine absolument inconnu, mais que vous êtes préparé(e).

Une définition précise du sujet

Evitez les généralités et les introductions vagues. Annoncez rapidement quel est votre thème de recherche, de la façon la plus précise possible. Le mieux, c’est d’avoir déjà une question de départ (voir cet article).

Embrayez sur une définition des termes que comprend votre sujet. Si vous parlez de « marchand », dites ce que vous entendez par là. Si vous employez le mot « transport routier », donnez quelques précisions, etc. Pourquoi avez-vous choisi ces termes et pas d’autres ?

Borner les contours de votre recherche

Selon votre discipline, ces contours peuvent prendre différents aspects : quelle est l’époque concernée, précisément ? Quel lieu ? Quelles œuvres (si vous travaillez sur un auteur de roman, par exemple) ?

Le sujet doit paraître bien circonscrit.

Comment s’inscrit votre projet dans le débat académique

Des chercheurs avant vous ont certainement étudié des thèmes proches, connexes. Il y a peut-être même plusieurs courants d’interprétation possible pour le phénomène que vous souhaitez étudier. De quel courant vous sentez-vous le plus proche ? Présentez quelques auteurs qui vous ont convaincu, qui utilisent des concepts que vous souhaiteriez sans doute réutiliser. Ne cherchez pas à faire de bibliographie exhaustive, vous vous y perdriez ; faites un choix éclairé des auteurs les plus pertinents, à vos yeux et pour le moment. Soyez prudent, et vérifiez que ces auteurs ne sont pas en désaccord total avec la ligne théorique du laboratoire dans lequel vous souhaitez entrer.

Posez des hypothèses

Les hypothèses sont juste des pistes, des réponses possibles à notre question de départ. Elles pourront être infirmées ou confirmées par la recherche. Présentez-les comme telles, comme des réponses possibles à affiner. Ne cherchez donc pas à faire des hypothèses parfaites, très savantes ; cela tomberait à plat car vous n’avez même pas commencé à recueillir vos données, or c’est ce recueil qui vous permettra d’affiner vos pistes.

Il arrive que certains labos demandent un pré-plan de la thèse, et que vous deviez d’ores et déjà annoncer comment va s’articuler votre argumentation. C’est difficile, et même un peu prématuré, mais parfois on est bien obligé de le faire ! Si vous êtes dans cette situation, présentez deux ou trois grandes hypothèses, avec leur piste de réponse ; précisez que c’est cela que vous chercherez à vérifier et que c’est autour de ces points que votre argumentation s’articulera.

Quelles seront vos données ?

Faire une recherche c’est mettre en lumière et interpréter des pans de la réalité. Il faut recueillir des « échantillons » de cette réalité pour les analyser : entretiens, archives, questionnaires… Sur quelle base allez-vous travailler ? Qu’allez-vous analyser ? Et quelle méthode emploierez-vous pour recueillir ces données ? Prévoir cela vous permettra de démontrer que votre projet est matériellement réalisable.

Votre future intégration

Parlez de votre laboratoire d’accueil, citez les axes de recherche, précisez dans quel axe votre thèse s’inscrira. Cela implique que vous ayez épluché le site internet du laboratoire dans lequel vous souhaitez entrer.

Si vous répondez à un appel (pour un contrat financé par exemple) prenez soin de bien reprendre les termes de l’appel dans tout votre projet.

Qu’il ne fasse que quelques pages ou qu’il soit plus long votre projet vous prendra du temps ; vous devez vous astreindre à être précis dans les mots employés et synthétique dans l’expression de votre pensée. Appuyez-vous sur vos recherches antérieures si les échéances sont proches.

Je vous conseille aussi la lecture de ce document de Didier Courbet pour plus de précisions.

Bon courage !

Vous pouvez utiliser les commentaires pour témoigner de votre expérience ou des modalités du projet de thèse selon votre institution.

 

 

4 commentaires

  1. Bonjour Emilie,
    Bonjour à tous,

    Merci pour ce billet, il tombe à pic, puisque je m’y jette ces temps !
    …et comme tu le dis dans ta rubrique Emilie, il peut prendre beaucoup de temps à être élaboré : ce qui est mon cas !
    J’aurai aimé qu’on me l’explique avant, ça m’aurait rassuré !

    Pour des raisons liées à ma situation d’auto-financement de ma recherche, l’apprentissage des codes tacites de la socialisation au milieu de la recherche (reprise d’études), du labo même (je n’ai pas suivi mon cursus dans la fac actuelle, et j’ai frappé aux portes sans y connaître personne), l’apprentissage des normes par lesquelles remettre un écrit de ce type (où personne ne t’explique rien, à part 1 ou 2 blogs comme « Réussir sa thèse » ! Merci Emilie, tu as été un de mes rares soutiens jusque là !), étant donné le phénomène sociétal en plein engouement de mon sujet de recherche (c’est à dire un temps nécessaire d’observation pour distinguer la réalité sociale du buzz, les liens avec les associations de défense), je me retrouve à ne remettre mon projet de thèse qu’après 2 ans la décision de m’y essayer.
    J’ai en parallèle avancé sur la récolte des matériaux (je termine la 1ère période de terrain : je suis en anthropologie-ethnologie, où il est admis de rentrer par l’objet d’étude), la préparation de mes terrains de recherche pour la 2ème période de terrain (l’approfondissement des données), j’ai confirmé le réseau de personnes-ressources du milieu associatif, élaboré une liste bibliographique, et trouvé mes encadrants de recherche.
    Et pour me donner plus de le chances d’obtenir un financement, j’ai réalisé 2 articles et donné 3 communications, ce qui a donné lieu à 2 interventions rémunérées dans le cadre de formations liées à mon sujet, qui me sont très utiles pour peaufiner mon CV et justifier de l’importance sociétale actuelle de cette recherche.
    Et tout ça en 2 ans (mine de rien!), qui m’ont semblé très longues puisque quasi sans reconnaissance sociale…
    Et de manière aussi poussée et tiraillée dû à ma crainte de me faire jeter parce que je ne fais encore pas partie de ce milieu, puisque je ne savais pas comment faire pour répondre à des attentes que je ne parvenais pas à distinguer !…

    Je ne vous souhaite pas cette expérience, parce que je passe pour quelqu’un qui ne finira sans doute jamais sa thèse, et à la limite de la prétention, mais j’ai l’avantage d’être bien plus à l’aise avec mon sujet dorénavant et d’ainsi moins craindre les hiérarchies académiques intimidantes quand je m’exprime… Et on commence à me proposer du boulot…

    1. Bonjour Anaïs, tu as une motivation formidable, ce qui est de très bon augure ! Avec la curiosité intellectuelle, ce sont les moteurs de la thèse. Ne te laisse pas gagner par le syndrome de l’imposteur, si fréquent et toujours absurde (car tu es largement aussi légitime que les collègues !). Bonne chance et bravo pour ta pugnacité.

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