Rédiger… quand on n’est pas francophone

Dans cet article, je vais m’intéresser à ce que vivent les étudiants et chercheurs étrangers dont le Français n’est pas la langue natale. Si vous êtes dans ce cas, vous devez préparer avec soin la rédaction, puis l’étape de la relecture et de la correction pour éviter les mauvaises surprises.

Vérifiez si votre université propose des ateliers d’écriture ou des cours de langue adaptés à votre niveau, et n’hésitez pas à vous inscrire. Mais je vais être franche : il n’y a pas beaucoup de moyens pour aider les étudiants étrangers dans les universités françaises (ce qui est vraiment dommage). Si vous rédigez une thèse ou un mémoire, vous n’aurez pas d’accompagnement spécial, et vous vous sentirez sans doute un peu seul face aux difficultés de la langue française.

Peut-être même que vous en viendrez à vous dire : « est-ce que je ne ferais pas mieux de rédiger mon travail dans ma langue natale et payer ensuite un traducteur ? »

Je vous propose qu’on réfléchisse à toutes ces questions.

Rédiger son texte en Français : un double défi

Rédiger directement en Français exige d’abord d’être motivé, c’est-à-dire d’avoir envie d’apprendre la langue et de considérer ce défi d’écriture justement comme un moyen d’y parvenir. Vous allez faire un double travail : écrire les résultats de votre recherche et apprendre les subtilités d’une langue qui n’est pas la vôtre. J’ai rencontré, par exemple, une jeune sociologue chinoise, Zhen Wu, qui ne maîtrisait pas bien le Français au début de son travail de recherche, mais qui a décidé de relever le défi, et qui a finalement soutenu sa thèse avec succès : son texte était clair et compréhensible. Mais il faut dire que Zhen était très motivée par l’apprentissage de la langue en elle-même.

En plus d’une forte motivation, vous devez avoir du temps à consacrer à cet apprentissage, en plus de votre recherche. Vous allez consulter des dictionnaires, des ouvrages de syntaxe, de conjugaison… Mais vous pouvez aussi faire des fiches (ou résumés) en Français des ouvrages scientifiques que vous lisez : ce sera un excellent entraînement et ça ne vous éloignera pas de votre sujet de recherche.

Leon

Je vous conseille aussi de lire des choses qui vous plaisent et vous amusent : Zhen m’a raconté qu’elle était passionnée par les mangas et que, quand elle sentait que son intérêt pour la langue française baissait, elle allait lire des mangas en Français ! C’est une bonne idée car elle pouvait voir, écrites, des phrases du langage quotidien avec des constructions simples, et s’approprier ainsi la syntaxe particulière du français, presque sans y penser, en faisant quelque chose d’agréable.

Et puis, faites-vous des amis français ou francophones, ne restez pas dans une bulle. Parler avec eux de votre recherche vous entraînera et peut-être vous aideront-ils à relire des parties de votre texte. Alors, faites le premier pas pour aller vers les autres étudiants de votre laboratoire et lier amitié… Vous pouvez aussi rencontrer des gens hors de l’Université sur les sites d’échanges linguistiques comme http://tandem-linguistique.org/ ou https://www.tandemexchange.com/fr/ .

Utilisez internet !

Par exemple :  le site www.cnrtl.fr (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) propose des lexiques, des dictionnaires des synonymes et des antonymes… et même un outil permettant de visualiser, sous forme de nuage en 3D, des mots qui sont proches sans être exactement synonymes (c’est l’outil Proxémie). Alors n’hésitez pas à explorer ses ressources.

Sur le site Le Conjugueur, vous pourrez vérifier la conjugaison des verbes et quelques points de syntaxe.

French Button

Si vous connaissez d’autres sites qui vous ont aidé partagez-les dans les commentaires !

Les conseils de Sarah

Sarah est une collègue qui corrige et qui traduit des thèses et des mémoires  (vous pouvez visiter ici son site professionnel). J’ai fait appel à son expérience pour savoir quels sont les points importants pour rendre un texte plus lisible… Voici ses conseils :

  1. Soyez simples ! C’est la première chose à retenir. Certains auteurs utilisent un langage académique avec des mots difficiles, et un style assez lourd… En plus le Français a la réputation d’être une langue complexe, avec des phrases longues… Ces deux éléments peuvent vous pousser à croire que vous devez écrire de manière savante et compliquée : mais en réalité vous pouvez vous exprimer très bien avec des phrases courtes et des mots simples !! Et on pourrait d’ailleurs donner le même conseil aux francophones… Si vous cherchez à vous exprimer clairement et simplement, cela vous aidera en plus à clarifier vos idées.
  2. Utilisez des connecteurs logiques : ce sont ces petits mots qui changent tout dans une phrase : donc, mais, cependant, alors…. Apprenez à utiliser « c’est pourquoi », « d’une part… d’autre part… ». L’important est que l’on comprenne l’enchaînement de vos idées. Faites de petits paragraphes au début de chaque chapitre pour expliquer ce que vous allez dire et dans quel ordre.
  3. Dans une phrase, on doit comprendre vite qui est le sujet du verbe. Alors ne mettez pas beaucoup d’éléments avant le verbe si ces éléments ne sont pas le sujet du verbe. On en revient au conseil du début : soyez simples.

Tous ces efforts ne sont pas vains : rédiger en Français vous permettra d’être plus autonome par la suite, d’écrire tout seul vos articles, et aussi de maîtriser les concepts de votre discipline en Français, donc de mieux pouvoir les intégrer à votre pensée : vous aurez fait un vrai voyage intellectuel… Et vous serez mieux armé pour la soutenance !

Mais… beaucoup de doctorants choisissent d’écrire leur thèse dans leur langue natale pour ensuite la faire traduire et ils ont aussi de bonnes raisons. C’est un sujet un peu tabou mais en réalité, si vous n’avez pas la motivation ou même, simplement, pas le temps d’apprendre à bien vous exprimer en Français, vous pouvez envisager la solution d’écrire dans votre propre langue.

Écrire dans sa langue

Vous pensez que vous ne pouvez pas exprimer vos idées avec clarté, et que votre pensée devient « superficielle », ou même incompréhensible, en Français ? Vous êtes débordé par les difficultés (matérielles et autres) de la vie de doctorant ? Il vaut mieux que vous écriviez dans votre langue natale plutôt que de ne pas pouvoir exprimer vos idées. Et si vous décidez d’écrire dans votre langue, assumez votre choix sans culpabilité !! L’essentiel est de terminer votre thèse ou votre mémoire.

traduction

Mais ne prenez cette décision que si votre langue natale est assez commune et proche du Français (une langue européenne). Sinon, vous aurez du mal à trouver un traducteur, et en plus il sera difficile pour ce traducteur de transcrire des concepts qui n’ont pas d’équivalent d’une langue à une autre, quand ces langues sont très éloignées.

Le choix d’un traducteur ou d’un correcteur

C’est la dernière étape, mais attention : ne vous y prenez surtout pas à la dernière minute pour y penser !! Se faire relire prend beaucoup de temps !

Si vous avez rédigé la thèse en Français, vous devez trouver un correcteur attentif pour la relire. Les jurés de votre soutenance seront très sensibles à une bonne présentation, votre texte doit être clair et sans fautes.

Dans le domaine de la relecture et même de la traduction, il y a beaucoup d’amateurs, par exemple des étudiants qui proposent ces services pour gagner un peu d’argent. Ils peuvent faire un très bon travail, ou un très mauvais, ce n’est pas facile à savoir a priori. Il arrive que le travail soit si mauvais qu’une deuxième correction, faite par quelqu’un d’autre, s’impose : alors le prix total que vous payez double et le temps perdu est terrible. N’attendez pas d’être dans l’urgence, un mois avant la soutenance, pour réfléchir à ces problèmes. Dès maintenant, demandez autour de vous qui connaît un correcteur ou un traducteur de bonne réputation. Faites d’abord corriger une trentaine de pages, puis donner le résultat à lire à votre directeur de recherche ou à un ami français. Si tout va bien, continuez avec ce même relecteur.

Il y a trois éléments qui peuvent contribuer à ce que tout se passe très bien :

  1. Le correcteur parle votre langue natale : oui, même si vous avez rédigé en Français, il est très probable que vos tournures de phrases soient très influencées par votre langue natale, et cela peut rendre la compréhension difficile à quelqu’un qui ne connaît pas cette langue. Donc, ce n’est pas obligé, mais si le correcteur connaît votre langue, c’est un plus.
  2. Le correcteur ou traducteur connaît votre discipline scientifique : cela l’aidera à comprendre les concepts et les idées exprimées. Je trouve ça plutôt indispensable.
  3. Le correcteur ou traducteur est disponible, pour parler avec vous de certains doutes sur le sens d’une phrase par exemple. Avoir un dialogue et un échange avec son relecteur est vraiment important pour éviter les contresens.

Pour finir, je n’ai pas parlé du budget, mais sachez qu’une thèse de 400 ou 500 pages peut facilement entraîner des coûts de traduction ou correction autour de 1000 euros. Alors, commencez à économiser !

Vous pouvez utiliser les commentaires pour parler de votre expérience. Cela sera très utile aux lecteurs de ce blog !

7 commentaires

  1. Merci Émilie pour ton blog, nul doute qu’écrire une thèse est une grande aventure… et je pense que ton travail est d’une grande utilité !!!
    Effectivement faire relire et corriger son travail par un professionnel est un point essentiel, d’autant plus qu’il est très difficile de repérer ses propres fautes de frappe ou d’orthographe ! Je propose d’ailleurs mes services pour la correction et la reformulation des mémoires, en faisant tout pour que mes tarifs soient abordables et adaptés à chaque demande, pour que les motifs financiers ne soient pas un frein !

  2. Il est en effet extrêmement important d’avoir une personne qui nous relise et corrige (cela est valable pour les francophones d’ailleurs). Cependant, par expérience personnelle en tant que non francophone, il est très difficile de trouver une personne susceptible de relire (et corriger!) une thèse entière… J’ai finalement trouvé la perle rare, mais j’ai dû compter sur des relecteurs et relectrices premièrement par chapitre.
    Conseil: cherchez un ou une enseignante à la retraite. Pas forcément ex prof de fac, une personne du secondaire convient tout à fait. Pour sa disponibilité et, en général, un intérêt pour des sujets divers (en plus de se sentir utile, d’aider une étudiante, de prolonger son travail d’une certaine façon et ses connaissances). Plus qu’une personne experte dans notre domaine (pour cela, nous avons quelqu’un qui nous dirige ou des collègues en doctorat qui peuvent relire le texte APRÈS correction du français, cela leur allège la tâche d’ailleurs), nous avons besoin d’une personne dont la culture générale soit ample, les connaissances linguistiques bonnes, voire excellentes, et SURTOUT qui elle-même soit intéressée par notre sujet – j’insiste, j’ai moi-même pu bénéficier de plusieurs profils de relecteurs et relectrices! Une bonne thèse = une thèse dont les idées sont exposées clairement et accessible à des non spécialistes.

    1. Merci Manuela pour ce bon conseil. Effectivement, l’état d’esprit du correcteur est important, surtout sa curiosité intellectuelle qui peut compenser une relative méconnaissance de la discipline du doctorant. Par ailleurs je suis 100 % d’accord avec votre dernière phrase… Hélas dans la réalité on ne retrouve pas toujours ces qualités de clarté de l’écriture et le correcteur doit parfois démêler un véritable écheveau.

  3. Je ne suis absolument pas d’accord avec cette proposition d’écrire sa thèse en langue natale. Ecrire une thèse en français n’est pas seulement une étape apprentissage et de maîtrise de la langue, mais d’adaptation à une méthodologie de recherche et à une école de pensée. Avez-vous pensé au coût de traduction? D’autant plus que l’on n’écrit pas la thèse une seule fois, n’oublions pas les remarques et les modifications. A mon avis il ne faut pas banaliser cette tricherie! Nous n’avons qu’à rester chez nous et écrire notre thèse en langue maternelle! Votre regard de sociologue me semble étrange…

    1. Bonjour,
      Merci d’avoir pris le temps de laisser ce commentaire. Pour vous répondre, je dirai d’abord qu’il ne s’agit pas d’une proposition : il s’agit simplement d’une réalité que je décris. Je parle clairement du coût, en citant même un ordre de grandeur. Et d’ailleurs, si vous avez bien lu, l’article rejoint en partie votre opinion : rédiger en Français est plus enrichissant et permet de mieux intégrer les concepts, de mieux se préparer à la soutenance. Cela étant dit, je ne porte pas de jugement moral sur les pratiques des doctorants, ce n’est pas du tout mon rôle. Je n’emploierais pas personnellement le terme de tricherie que vous employez. Comme je le précise, la question de la traduction est tabou, personne n’en parle, or je préfère en parler que de la passer sous silence sous prétexte que ce serait mal. Vous savez, les choses ne sont pas toujours idéales et parfaites. Je préfère qu’un étudiant étranger en difficulté parvienne à finir sa thèse, plutôt qu’il l’abandonne en perdant tout son investissement de temps, d’argent (et en ayant un sentiment d’échec). Alors, même si c’est mieux de rédiger en Français, parfois certains choisissent une autre voie. Quant à mon regard, je préfère justement garder un regard compréhensif plutôt qu’accusateur. Ceci étant dit, merci d’avoir ouvert le débat…

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