Ecrire une bonne introduction générale pour sa thèse

Les quelques pages qui composent l’introduction générale sont parmi les plus importantes de votre thèse.

Mal faite, une introduction sème la confusion ; le lecteur ne voit pas où l’auteur veut en venir; il doit faire des efforts pour comprendre ; il commence à craindre que toute la thèse soit désordonnée et ennuyeuse.

Bien faite, l’introduction se révèle être un véritable guide pour le lecteur, qui continuera sa lecture avec l’idée sous-jacente qu’il lit un bon travail, un travail qui vaut la peine.

Mais alors, c’est quoi, une « bonne intro » ?

La meilleure façon de comprendre comment faire une bonne introduction, c’est de comprendre POURQUOI on la fait, quel sens on doit donner à notre travail, pour l’orienter correctement. Je ne vais pas commencer par vous énumérer les parties successives de l’intro ;  écrire l’intro c’est donner une intention forte à notre texte, plutôt qu’accomplir un schéma scolaire balisé d’avance. Alors je commencerai par me demander…

A quoi ça sert, une introduction générale ?

A deux choses !

D’abord, à aller chercher le lecteur. Oui, « aller le chercher » ; car son attention ne vous est pas acquise. Vous avez vécu des années en pensant à votre sujet de thèse. Il vous passionne (même si vous en avez ras-le-bol parfois !!). Mais votre lecteur, lui, vient de l' »extérieur », il faut l’attirer vers votre sujet. Pour cela, il faut assumer que c’est vous le guide, d’une part, et il faut prendre conscience des besoins du lecteur, d’autre part.

Une erreur courante est de se dire : c’est mon directeur qui me lira, ainsi que des professeurs pour ma soutenance, il faut donc que je sois à la hauteur, que je cache mes faiblesses, car ce sont eux qui savent, ce sont eux les experts.

C’est un état d’esprit qui ne convient pas, car il vous enlèvera votre capacité de pédagogie. Or, vous devez être pédagogue, c’est-à-dire assumer que vous en savez  sur votre sujet de thèse plus que quiconque. Vous devez donc expliquer les choses graduellement en évitant les sous-entendus. N’écrivez pas en pensant à  un lecteur expert et évaluateur ; écrivez pour un lecteur lambda qui connaît les bases de votre discipline.

Ce lecteur n’a pas encore de raison de s’intéresser à ce que vous avez à dire. Il faut donc comprendre comment on perçoit votre sujet de recherche de l’extérieur, pour trouver le moyen de guider le lecteur de cette perception générale vers une vision plus fine et précise, qui est celle que vous développez dans votre thèse.

La deuxième mission de votre introduction est de donner la raison d’être de votre thèse, rien de moins ! A la fin de l’introduction, le lecteur doit avoir compris que c’était nécessaire de faire cette thèse, car elle va venir combler une lacune dans la connaissance scientifique, et qu’elle contribue efficacement au débat académique. Pourquoi avez-vous passé des années sur votre thèse ? Pour montrer un phénomène nouveau, ou bien pour donner une interprétation nouvelle à un phénomène, ou pour donner une dimension inédite à un concept.

L’introduction montre l’originalité et l’utilité de votre travail (je dis ici utilité non dans le sens de ses applications pratiques éventuelles, mais dans le sens de sa contribution au savoir). Voilà qui incitera le lecteur à poursuivre la lecture, car sinon, pourquoi se fatiguerait-il ?

Quand devez-vous vous mettre à écrire l’introduction ?

Vous l’avez compris en lisant ce qui précède, il faut une certaine maturité pour faire l’intro. Plus précisément, il faut avoir :

  • Une question de recherche bien formulée, dans sa forme définitive (elle donne avec précision l’objet d’étude et l’angle choisi pour l’étudier).
  • une idée exacte de ce qu’a apporté notre thèse au débat académique
  • Une position de recherche réfléchie, assumée

Bref, il faut avoir une vision d’ensemble de sa thèse, et même une certaine hauteur, une certaine distance par rapport à elle. Grosso modo, il faut avoir fini sa thèse.

Donc, sans surprise, je conseille aux doctorants d’écrire l’introduction APRES avoir terminé la rédaction du texte de leur thèse. C’est une ultime étape (avant la conclusion, toutefois). Si vous écrivez l’introduction avant le reste, vous manquerez de la vision d’ensemble et du recul nécessaire, et surtout vous manquerez d’assurance.

Mon conseil peut vous contrarier si vous avez déjà fait l’inverse… A dire vrai, certains directeurs demandent à leurs doctorants de leur fournir une introduction en premier lieu, alors qu’ils n’ont rien rédigé d’autre. A mon avis, c’est une erreur de méthode (et c’est juste mon opinion). Mais si vous n’avez pas le choix et que vous devez faire l’intro avant le reste, comment vous y prendre ?

Il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur… Alors imaginez ce travail qu’on vous impose comme une occasion pour construire un texte qui sera l’équivalent d’un bon projet de recherche, qui vous aidera à rassembler vos idées pour la rédaction ; mais en gardant à l’esprit que vous devrez de toute façon le remanier en profondeur avant la soutenance. Ne cherchez donc aucune perfection : vous vous enliseriez. Faites de votre mieux puis continuez à avancer.

Que contient l’introduction générale de la thèse ?

En SHS, Littératures, Droit etc. la longueur d’une introduction de thèse est très variable, de 10 à 60 pages, mais elle ne doit pas excéder  10 % du total de la thèse.

La plupart du temps, les introductions contiennent les éléments suivants : une accroche, une présentation globale du sujet, une partie présentant l’état de l’art et le cadre théorique de votre thèse, puis la problématique et les hypothèses, ensuite la méthodologie du recueil de données, et enfin l’annonce du plan.

Cependant, il m’est arrivé de trouver des introductions de thèse tout à fait valables dans lequel cet ordre était un peu bousculé, ou bien dans lesquelles il manquait un de ces ingrédients (par exemple, pas de partie sur la méthodologie). A l’inverse, d’autres introductions ont des parties en plus : par exemple, une partie sur vos motivations, une sur l’objectif de l’étude et sa portée… Seule l’annonce du plan semble être immuable, en fin d’introduction.

En général, quand il manque une partie importante comme la méthodologie ou le cadre théorique, c’est que ces thèmes sont abordés dans un chapitre préliminaire de la thèse, qui suit immédiatement l’introduction. L’auteur peut faire le choix de les traiter dans un chapitre plutôt que dans l’introduction pour alléger cette dernière et la rendre plus fluide, quand il estime que rentrer dans les détails de la méthodologie, par exemple, implique beaucoup trop d’explications détaillées.

Les traditions disciplinaires jouent aussi un rôle : dans certaines disciplines, surtout celles plus proches des sciences naturelles, il faut absolument commencer la thèse par une partie de cadre théorique, ou encore, il faut longuement expliciter la méthodologie des expérimentations dans le corps du texte : l’introduction sera donc plus succincte, plus courte, car elle n’aura pas à entrer déjà dans ces explications.

Bref, je vous invite à consulter des thèses de votre discipline pour vous mettre au courant de ce qui se fait, formellement, dans votre domaine.

Quoiqu’il en soit, je vais vous indiquer ici quatre temps, quatre « mouvements » qui vont vous permettre de construire une introduction qui remplit vraiment sa fonction.

1. Amener le lecteur au sujet

Il faut susciter la curiosité du lecteur avec une accroche (une anecdote, une constatation) qui soit facilement compréhensible ; puis, vous commencerez à donner les premiers éléments de contexte de votre sujet d’étude. Le danger ici est de tomber dans des généralités (et de faire un cours magistral sur votre aire culturelle, par exemple) ou bien de remonter trop loin dans les explications : si votre thèse porte sur un aspect actuel de l’intégration européenne, ne commencez pas en racontant l’histoire du Traité de Rome ; mais ne commencez pas non plus par une anecdote pointue que personne en dehors des couloirs de la Commission Européenne ne peut comprendre. Il faut trouver le bon focus : entrer dans le vif du sujet sans mobiliser des détails nécessitant une expertise.

Parler du contexte de notre sujet de recherche implique de garder à l’esprit les délimitations de celui-ci, et de se discipliner pour ne noter que ce qui sera réellement utile, et qui prendra sens, dans la suite de la thèse.

2. Se démarquer intelligemment.

Vous allez parler de ce que les autres chercheurs ont dit sur votre sujet de recherche avant vous : mais je n’aime guère le terme « revue de littérature », qui donne l’impression que vous allez dresser une liste exhaustive : ce qu’il ne faut surtout pas faire ! Vous devez montrer au lecteur les grandes tendances du débat académique, de façon lucide et critique et vous y positionner franchement. Vous n’êtes plus un étudiant passif, vous êtes un chercheur qui contribue à la construction de la connaissance.

Ici, vous faites également oeuvre de pédagogie car vous entrez de plus en plus finement au coeur de votre sujet d’étude.

3. Poser l’originalité de sa thèse

C’est votre question de recherche qui imprime à sa thèse son originalité. Vous devez la présenter ; cette question pose une énigme, en abordant un problème d’une façon nouvelle. Il faut qu’on puisse voir en quoi votre questionnement fera avancer l’état du savoir. Ici, le maître mot, c’est OSER : oser parler de l’intérêt profond de votre recherche, des questionnements épineux que vous avez désiré soulever, puis de vos hypothèses de travail.

Vous ne parlez plus des autres, vous parlez de votre recherche, qui démontre quelque chose qui pourra être très utile à d’autres chercheurs ensuite, qui n’est pas anecdotique.

4. Affirmer le sérieux de sa démarche

Cela peut se faire à travers l’exposé d’une méthodologie d’enquête/ou d’expérimentation solide ; également en revenant sur l’utilisation que vous avez faite de certains concepts : vous expliquez pourquoi ils vous ont paru réellement pertinents : ce sont vos choix théoriques à vous.

Ces quatre grands mouvements peuvent se retrouver dispersés sous des formes différentes dans une introduction, ils peuvent être incarnés dans des parties aux titres variables selon les disciplines, mais ils sont toujours là car ce sont eux qui donnent sens à votre propos. il faut conclure par l’annonce du plan (je n’y reviens pas car cela ne présente pas de grandes difficultés).

A vous de jouer !

5 commentaires

  1. Une présentation succinte et Claire de la démarche introductive.
    Il est vrai que rien n’est figé, mais c’est l’essentiel pour une introduction réussie.

  2. Très bon article, j’y reviendrai dans 3, 4 ans. Toutefois, je pensais plutôt évoquer ma méthodo, la dimension épistémologique de mon travail (anthropo), ainsi que le contexte historique de mon objet de recherche dans les 2 chapitres de ma première partie (3 parties, 7 chapitres en tout, 2 +3+2). Dans l’intro, je voulais être un peu plus perso, montrer les moteurs de ma recherche comme « leviers d’analyse ». Etre assez littéraire et accrocheur en somme, et commencer à décliner ce que je vais largement détailler dans la première partie.

    Bref, je pensais faire une intro assez courte, max 10 pages sur 450 environ.

    Mais sincèrement, tous les éléments que tu soulèves me semblent indispensables à toute bonne intro, rdv dans 2, 3 ans alors (je ne suis qu’en première année, même si j’ai commencé un an avant en OFF).

    Merci Emilie en tout cas 🙂

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *