Finir sa thèse… malgré les contraintes !

Ah, si l’on pouvait faire sa thèse dans des conditions idéales ! Sans problèmes d’argent, sans échéances trop stressantes… Mais c’est rarement le cas. Chaque doctorant fait sa recherche dans un contexte particulier, plus ou moins difficile. Vous avez soit des problèmes de temps, soit des problèmes de financement, soit les deux. Peut-on faire une bonne thèse malgré ces contraintes ?

Devoir être "multitâche", un stress supplémentaire
Devoir être « multitâche », un stress supplémentaire

J’ai posé la question à une jeune docteure qui vient de soutenir sa thèse en sciences de l’information et de la communication, Mariana. Elle a fait sa thèse en 4 ans, en consacrant la dernière année entièrement à la rédaction. Je veux aujourd’hui vous présenter son témoignage qui est utile, non pas en tant que modèle à suivre (chaque situation est différente) mais parce qu’il contient des éléments de réflexion, et même de débat, intéressants.

Mariana, quelles ont été les contraintes que tu as dû affronter pendant ta thèse ?

J’ai fait la thèse en 4 ans en travaillant à 50 %. Je n’ai pas eu de bourse donc je faisais des prestations de traduction et de communication à mi-temps. Tous les jours, je travaillais à distance pour ma boîte. Je me connectais sur skype à 8h, et si je n’avais pas de mails pour faire une traduction, je me mettais sur la thèse et dès que j’avais une sollicitation pour la traduction je laissais tomber la thèse. Donc je pouvais être interrompue. Ce n’était pas facile. Je ne voulais pas être multitâche mais j’y ai été obligée. Ceci dit, c’est quelque chose que je déconseille si on peut l’éviter, car le risque est de ne plus être productif ni dans une tâche ni dans une autre.

J’ai aussi le diplôme d’état de monitrice de ski et l’hiver pendant les vacances scolaires je bossais comme monitrice.

Comme je n’étais pas financée par une bourse, mais soutenue par cette entreprise pour laquelle je travaillais, je devais finir ma thèse assez rapidement.

Comment as-tu réussi à finir ta thèse dans ces conditions ?

Ma philosophie était la suivante : comme j’avais d’autres activités à côté, il fallait que j’en fasse le moins possible mais le plus pertinent. J’ai un corpus d’entretiens assez réduit, car j’ai fait le choix d’étudier un terrain très spécifique, qui me permettait de tirer des conclusions intéressantes sans avoir à constituer un corpus immense. J’ai écrit ma thèse et je ne suis pas trop revenue dessus. J’y suis revenue pour corriger les fautes d’orthographe, la structure, mais le contenu en lui-même, je ne l’ai pas trop modifié. J’ai rédigé une sorte de synthèse à chaque partie, avec de nombreux renvois aux annexes et j’ai essayé d’aller droit au but, je n’ai pas trop tergiversé. Il y avait des parties inexplorées dans mes entretiens, que je n’ai pas réussi à thématiser, donc je les ai laissées de côté.

Je suis de nature plutôt pragmatique alors je suis allée à l’essentiel, par contre j’ai proposé des pistes d’approfondissements, que j’ai présentées pendant la soutenance. Il faut bien préciser que c’est le contexte qui fait que j’ai fait ces choix.

Beaucoup de doctorants sont perfectionnistes. Est-ce ton cas et si oui, comment as-tu pu mettre ce perfectionnisme de côté ?

Je suis perfectionniste, mais comme j’avais plusieurs charges de travail, j’ai décidé de déplacer mon complexe de perfectionniste pour le rendre efficace, en faire un atout et non un frein : mon but c’était d’arriver à tout accomplir.  Donc au lieu d’être perfectionniste sur l’exhaustivité du contenu, je l’ai cherché dans le fait de réussir à accomplir une tâche dans les temps, et convenablement, pas de manière parfaite, mais de manière convenable.

sablierOn m’a parfois dit : ‘’c’est n’importe quoi, si t’as pas abouti ta recherche il ne faut pas arrêter, il faut la continuer…’’ et parfois je me suis sentie comme un imposteur. Je l’ai relativisé après coup et je me suis dit bon, finalement t’as fait un bon travail. Ce que j’ai rendu ne me satisfaisait pas à 100% mais j’ai rendu. J’ai fait des choix au niveau de l’exhaustivité du contenu. C’est dommage quelque part. Mais ça peut aider pour terminer.

Finalement, ton travail a été apprécié par ton jury de soutenance !

Eh oui, j’ai eu parfois l’impression de faire du mauvais travail mais après la soutenance il en ressort que pas forcément… ça pouvait aussi être considéré comme du bon travail. Mon effort de synthèse a été souligné, ça a plu apparemment.

Ce qu’il faut retenir c’est que le résultat n’est pas bâclé. Il faut faire la différence entre la réduction de contenu et la profondeur d’analyse. Il y a peu de thématiques abordées dans ma thèse mais par contre les thématiques sont fouillées, ce n’est pas superficiel. Mon corpus était peu exhaustif mais chaque élément a été bien décortiqué et étudié.

Est-ce que j’aurai fait un meilleur travail en interrogeant 15 personnes de plus ? Je ne sais pas, car je ne sais pas si j’aurai eu le temps de traiter ces données.

Peux-tu me parler de la façon dont tu as abordé la bibliographie ?

Au début, la biblio ça a été un gros complexe, j’ai lu tout et n’importe quoi sans stratégie, des trucs par rapport à ma discipline et pas par rapport à ma problématique. J’ai perdu pas mal de temps en début de thèse et j’avais toujours l’impression de n’avoir pas lu assez de livres. C’était l’idée que j’avais du doctorat, j’avais des complexes en regardant les collègues travailler avec leur pile de livres. J’ai appris à optimiser la biblio seulement en fin de thèse. En fait dans mon champ, j’avais 4 auteurs principaux, vers lesquels mon directeur m’avait d’ailleurs orientée dès le départ, et pour la rédaction je me suis concentrée sur ces 4 auteurs mais ça me complexait un peu. Et puis finalement ce qui m’a vraiment aidée c’est des articles que j’ai trouvés au bout de la 4ème année.   C’est à dire que j’écrivais, et quand je me disais : ‘’tiens je suis en train de dire un truc de manière complètement fortuite’’, je cherchais l’article nécessaire pour m’appuyer. Donc, vers la fin de la rédaction je lisais surtout des articles sur internet (dans des revues en ligne) qui se rapportaient à ma problématique du moment, à ce stade de l’écriture. Et j’ai eu tout à coup le sentiment que mes citations étaient beaucoup plus pertinentes et illustraient beaucoup mieux mes propos, alors qu’au début, j’avais l’impression de forcer à faire rentrer une citation dans un paragraphe. J’ai inversé ma logique : au lieu de partir de la citation, je suis plutôt partie de l’idée.

Merci !

Que peut-on retenir de cet entretien ? Pas de recettes toutes faites, je pense. Comme le dit Mariana, nos choix sont guidés par les contraintes du contexte. Ici, elle a simplement dû s’adapter. Elle l’a fait à sa façon, suivant son caractère et avec (c’est mon impression) un certain discernement.

Chaque recherche comporte des phases d’expansion et des phases de synthèse. A titre personnel, je trouve intéressant de voir que les contraintes, qui produisent beaucoup d’effets négatifs (stress, manque de temps) ont eu l’effet inattendu, chez Mariana, de l’amener à synthétiser son argument et à se concentrer sur lui ; même si cela a impliqué des sacrifices, le travail est heureusement resté un travail de qualité. C’est une note d’espoir : malgré vos difficultés, vous pouvez peut-être trouver une solution pour adapter votre travail et parvenir à l’achever.

Et vous comment vivez-vous les contraintes ?  Le perfectionnisme est-il un frein dans votre travail ? N’hésitez pas à raconter votre expérience dans les commentaires.

 

 

Que dire dans sa présentation pendant la soutenance ?

Au début de chaque soutenance, le candidat est amené à présenter son travail au jury et dispose pour cela, généralement, d’une vingtaine de minutes. J’ai souvent observé que cette présentation « donnait le ton » de la soutenance. Un texte ennuyeux sera poliment écouté ; mais un discours qui donne du sens à votre recherche, qui intéresse le jury, qui l’aide à comprendre qui vous êtes et toute la passion que vous avez mise dans votre travail (même s’il est imparfait), ce sera bien mieux ! Vous êtes tout à fait capable de préparer un tel texte, et pour cela je vous donne ici quelques conseils.

Pendant votre soutenance

Une règle d’or  : ne résumez pas votre thèse. Les membres du jury l’ont lue (enfin, normalement). Les rapports de thèse contiennent souvent une sorte de synthèse. Alors, pas la peine de se répéter. Il vaut mieux « mettre en récit » votre recherche, lui donner de la vie et du souffle.

Un être humain derrière la thèse : rendez-votre discours vivant !

Je vais vous donner quelques indications, qui ont pour but de vous inspirer, plutôt que d’être suivies mécaniquement ; voici ce que peut contenir un texte de présentation.

Bien sûr, commençons par une petite phrase d’accroche : ce peut être une citation très pertinente d’un auteur sur votre sujet, ou même d’un acteur de terrain. Ou encore une anecdote qui aide à comprendre comment vous en êtes arrivé à vous intéresser à votre sujet. Pas facile à trouver me direz-vous ? L’inspiration pour cette phrase vient souvent quand on ne s’y attend pas, en déjeunant, dans le bus…

Ensuite, vous pouvez évoquer vos questions de départ ; cela aidera votre public à comprendre votre cheminement intellectuel. Au début de votre recherche, quel était votre questionnement ? De quel constat partait-il ? (Ce constat pouvait être une intuition, une piste, une observation préalable…). Vous pouvez parler librement et sincèrement, il s’agit de comprendre ce qui vous a rendu curieux.

Après cet espace de spontanéité et de liberté, pourquoi ne pas revenir vers plus de rigueur académique, en commençant à évoquer vos premières bases théoriques… Quel était l’état de l’art quand vous avez commencé à travailler ? Pourquoi avez-vous pensé alors que vous pouviez apporter quelque chose de neuf au débat académique ? Pour ce faire, quel nouvel angle avez-vous choisi d’adopter ? Quels auteurs vous ont particulièrement inspiré ?

Presenting the idea

Une fois ces éclaircissements apportés, vous pouvez de nouveau aborder votre cheminement personnel. En effet, pour répondre à vos questions initiales, vous avez dû recueillir des données, documentaires ou bien sur le terrain. Cette période a sans doute été pleine de doutes et de péripéties. Mettez en avant votre pugnacité, les principes qui vous ont guidé alors. Avez-vous dû renoncer à certains projets ? Quelles surprises vous a réservées le terrain ? Vous pouvez raconter une petite anecdote. Votre parcours peut être mis en lien avec l’évolution de votre réflexion. Si vous avez participé à des séminaires ou des événements scientifiques essentiels pour perfectionner le projet de recherche et élaborer le cadre théorique de la thèse, dites-le.

Les différentes parties de votre discours s’enchaînent naturellement : vous sentez qu’il est temps pour vous de présenter et défendre votre méthodologie de recueil des données (très important dans certaines disciplines). Pourquoi avoir choisi telle documentation, ou bien pourquoi avoir préféré des questionnaires plutôt que des entretiens ? Est-ce une étude de cas, ou bien avez-vous cherché la représentativité dans votre échantillon ? Vous pouvez admettre les points faibles de votre méthode (on est rarement 100% satisfait de son recueil de données), mais embrayez aussitôt après sur les avantages de vos choix, sur ce qu’ils vous ont permis de voir et de comprendre.

Vous commencez à comprendre que dans le schéma que je vous propose, on évoque tantôt la recherche sous un angle assez personnel, comme un parcours initiatique, tantôt sous un angle plus académique et distancié, comme la construction rationnelle d’un argument. Cette alternance vous permet de maintenir l’intérêt du public, et de montrer tout à la fois que vous êtes un chercheur rigoureux et… un être humain qui fait de la recherche, avec son cheminement propre, fait de tentatives diverses, d’erreurs, de réussites. Cette façon de se présenter permet d’établir un lien avec les membres du jury, qui peuvent ainsi s’identifier à vous, comprendre votre vécu, tout en évaluant votre travail.

Énoncez votre position de chercheur

Il est temps d’affirmer les points forts de votre réflexion. Commencez par énoncer clairement votre question de recherche, ou par la reprendre si vous l’aviez déjà introduite. Vous pouvez dire : « ma réflexion s’est donc recentrée autour de cette question centrale : ‘’…………….. ? ‘’ ; c’est ce que j’ai essayé d’éclairer à travers cette thèse ».

confiancePuis clarifiez vos hypothèses et leurs résultats : ont-elles été vérifiées ? Avez-vous dû les amender ?

Ce serait un plus de parvenir à faire une sorte de synthèse conceptuelle de la thèse. Ce n’est pas si compliqué : vous pouvez choisir des thèmes transversaux (qui traversent toute votre thèse) et les expliciter ; concrètement, citez ce concept qui vous a aidé tout au long du travail, parlez un peu des auteurs qui s’y rattachent, puis montrez comme cela a éclairé votre réflexion. Cela vous donnera l’occasion de développer une autre vision de votre thèse, plus distanciée, plus globale, non limitée à telle ou telle partie ; de plus on commencera à comprendre quels sont vos apports dans le débat académique.

Dites ce que vous répondez à votre question de recherche. C’est votre principale conclusion : faites en sorte qu’elle ne soit pas équivoque, mais claire et précise (parfois cela nécessite un vrai travail sur soi : il faut vaincre ses doutes et sa timidité pour le faire !).

Et grâce à cette réponse, montrez le plus clairement possible ce que vous apportez à l’état de l’art sur votre sujet : avez-vous vérifié la pertinence d’une notion? Découvert un phénomène méconnu ? Mis en contradiction un point souligné par d’autres auteurs ? Dites-le sans fard, c’est le moment de vous affirmer. La boucle sera bouclée, car au début de votre texte de présentation vous aviez parlé de cet état de l’art et de ses éventuelles lacunes : maintenant vous annoncez quelle pierre vous avez apporté à l’édifice du débat scientifique.

Si votre thèse a une portée pratique, une vocation à mieux comprendre la réalité pour émettre des conseils, abordez maintenant ces conseils.

Anticipez les questions du jury

Si toutefois vous ne l’avez pas déjà fait tout au long de votre discours, récapitulez les reproches qui peuvent vous être faits, sans les nier. Immédiatement après, commencez à apporter des réponses : par exemple, vous avez peut-être été un peu faible sur tel point, mais c’est parce que vous avez choisi d’approfondir tel autre. Rappelez que votre recherche se poursuivra après la thèse : la recherche est un processus, elle n’est jamais finie… Pensez à terminer sur un point positif, ou sur une ouverture : des recherches futures, les possibles applications de votre réflexion sur des sujets connexes, etc.

Pour finir, remerciez le jury pour son écoute attentive et en l’invitant à poser des questions (eh oui, même si vous n’en avez pas très envie…).

Dans cet article, nous avons uniquement parlé du fond : mais attention, la forme a une grande importance ; votre posture, votre expression, votre diction, influencent le jury. Pour des conseils sur la communication orale, vous pouvez consulter cet autre article.

Bonne chance et pensez à laisser des commentaires si vous souhaitez compléter ces conseils ou faire part de votre expérience !

 

4 bonnes attitudes pour réussir sa soutenance !

Ah ! la soutenance…. Quand je rédigeais ma thèse, la simple évocation du mot suffisait à faire monter en moi une vague d’angoisse ! Depuis, j’ai assisté à de nombreuses soutenances et je peux dire qu’il n’est pas si difficile de réussir cette épreuve.

Une soutenance au XVIème siècle... ça avait l'air animé !
Une soutenance au XVIème siècle… ça avait l’air animé !

« Réussir » ne signifie pas éviter toutes les critiques, d’ailleurs : elles font partie du jeu. Voici 4 grandes qualités que vous devez cultiver, en tant que candidat, pour montrer au jury le meilleur de vous-même et de votre travail.

Soyez…

Prévoyant !

Vous redoutez plus que tout de ne pas savoir quoi répondre à une question, de perdre le fil de vos idées juste au moment critique ? La bonne nouvelle c’est qu’il y a un remède assez simple : préparez-vous, et préparez-vous correctement. Cela ne supprimera pas complètement la peur, mais vous courrez beaucoup moins le risque de rester coi face au jury.

C’est pourquoi le candidat « idéal » est avant tout prévoyant. Le mois précédent la date prévue, ne prenez pas d’engagements qui ne seraient pas nécessaires (aller à un colloque, écrire un article…). Consacrez-vous plutôt à :

  • Lire minutieusement vos rapports de thèse. Il y a toujours une partie assez descriptive où le rapporteur résume votre thèse ; c’est bien, cela vous permet à vous de comprendre comment votre travail est perçu et de prendre un peu de hauteur. Ensuite, avec un peu de chance, il y a une partie critique. Cette partie-là vous offre de précieux indices. Lisez-la plusieurs fois à tête reposée. Elle vous permet d’anticiper les questions qui vont être posées. Le rapporteur souligne que l’utilité d’un concept peut être discutée ? Que le chapitre 5 aurait pu être davantage développé ? Très bien. Ces questions vont sortir pendant la soutenance. Vous allez faire des fiches de préparation pour y répondre. Faites de brèves recherches sur le concept évoqué, défendez votre manière de l’utiliser. Essayez de comprendre le pourquoi de la critique et répondez-y posément dans votre fiche préparatoire.
  • Qui sera votre jury ? Renseignez-vous sur eux. Sont-ils en phase avec vos idées ? Ont-ils des marottes théoriques, y a-t-il des questions qu’ils posent tout le temps, des concepts qui les passionnent et qu’ils veulent toujours discuter ? C’est bon à savoir.
  • Continuez à vous préparer aux questions : faites une liste des questions que vous redoutez. Pourquoi les redoutez-vous ? Comment pourriez-vous tout de même y répondre ? Récapitulez vos arguments, faites des recherches complémentaires. Là encore, préparez une fiche par question / idée. N’hésitez pas à demander à votre directeur son avis sur les questions qui peuvent peut-être tomber à la soutenance. Relisez les parties clefs de votre thèse, comme l’introduction : peut-être avez-vous évoqué un concept que finalement, vous n’avez pas trop approfondi ensuite. Pourquoi ? Comment pourrait-il quand même nourrir votre réflexion ?

Synthétique

Là encore, être synthétique, ça se prépare. Prenez le temps de la réflexion. Prenez de la hauteur. En fait, à quelle question avez-vous voulu répondre dans votre recherche ? Et tout bien pesé, quelle est votre réponse ? Oui, je sais, il y a plusieurs questions et plusieurs réponses. Mais vous devez parvenir à une synthèse qui résume ce que votre thèse apporte au débat scientifique, et pourquoi elle est cohérente. Écrivez quelques phrases clefs (et courtes) que vous garderez en tête : mon questionnement était le suivant. J’ai démontré ceci. La principale difficulté a été celle-là. Je l’ai surmontée de telle façon. Je m’inscris dans tel courant théorique, ou bien, par exemple : j’ai souhaité faire converger ces deux courants théoriques.

La capacité de synthèse vous permettra de défendre efficacement votre position, d’être plus convaincant. A l’oral, les arguments sont forcément plus resserrés qu’à l’écrit, c’est pourquoi il est utile de vous entraîner à les formuler dans des phrases courtes. Pour en savoir plus sur comment formuler la question principale de recherche, consultez cet article.

Affirmatif

Vous êtes là pour défendre votre thèse, d’ailleurs en Belgique une soutenance s’appelle une défense ! Alors il faut y croire. examen réussi !Vous y avez passé des années, c’est la somme de tous vos efforts. Bien qu’elle ne soit pas parfaite, c’est ce que vous avez réussi à faire. Mettez-la en valeur. Sur une page, faites l’exercice d’établir clairement quelles sont les forces et les faiblesses de votre travail. Demandez-vous comment les forces (bons entretiens, ou bonne réflexion théorique, ou méthode très réfléchie…) peuvent compenser, atténuer les faiblesses. Imprégnez-vous de ces points forts. Il ne s’agit pas, pendant la soutenance, de nier les faiblesses de votre travail, vous pouvez les reconnaître ouvertement, et même les expliquer, mais sachez embrayer tout de suite après sur un point fort. Une attitude combative, si elle est équilibrée, sera appréciée.

Ouvert et spontané

La soutenance, c’est aussi un exercice de communication orale : alors il y a quelques trucs simples à respecter : souriez (et oui ! cela prédispose favorablement le jury à votre égard, c’est un message que vous adressez directement à leur inconscient) ; levez la tête, tenez-vous droit, les épaules ouvertes, gardez une expression accueillante, même si vous recevez une critique, même si vous êtes en train de vous défendre. Je sais que vous aurez le trac, donc vous ferez plutôt semblant d’avoir du sang-froid et d’être à l’aise : mais ce n’est pas grave, faire semblant suffit à envoyer le bon message. Spontané, cela veut aussi dire que vous si vous vous embrouillez dans une phrase, vous pouvez sourire, reprendre beaucoup plus naturellement et dire : « bon, en fait ce que j’essaie de dire c’est … » avec des termes plus familiers. Personne ne vous en voudra.

C’est le moment de s’affirmer comme chercheur : et ça passe aussi par l’image ; sûr de vous, capable de recevoir une critique, de se défendre tranquillement, et sans timidité excessive. Il y a quelques mois j’avais écrit un petit guide (gratuit) « comment mieux prendre les critiques » qui vous aidera à adapter votre réponse et à surmonter les émotions négatives qui naissent quand on reçoit un commentaire moins positif.

Vous trouverez également dans cet article comment améliorer votre communication orale.

Je vous ai donc présenté les 4 bonnes attitudes à avoir et vous vous demandez peut-être pourquoi je n’ai pas parlé du texte de présentation ? En effet tout doctorant en soutenance commence par présenter son travail, et ce bref exposé donne le ton ; bien mené, il peut vous éviter quelques écueils. Comme il est si important, il fera dans les prochains jours l’objet d’un article complet ici même !

D’ici là, bon courage à vous  et n’hésitez pas à commenter ! Si vous déjà soutenu, racontez vos impressions, et apportez vos propres conseils !

 

Comment préparer une communication orale?

Imaginez la scène. Vous assistez à un colloque, et l’on passe la parole à un jeune chercheur qui a 20 minutes pour présenter sa « communication ». Visiblement mal à l’aise, celui-ci se raccroche à son texte et commence à lire d’une voix monocorde et plutôt faible. Un ennui discret s’installe dans la salle, les minutes passent tant bien que mal puis l’intervenant vient à bout de sa présentation et laisse la place au suivant.

Sa recherche est peut-être passionnante : mais personne ne le saura, car personne n’a pu le suivre au-delà des trois premières minutes. Avez-vous déjà vécu cela ? Avez-vous déjà été cet intervenant timide ou ce spectateur somnolent ? Probablement, car cette scène est d’une grande banalité !

On oublie souvent d’enseigner aux jeunes chercheurs comment communiquer à l’oral. Il s’agit pourtant d’une compétence cruciale pour diffuser son travail et rencontrer des collègues… et même pour réussir sa soutenance !

Une présentation ennuyeuse est souvent le fait d’un intervenant timide, apeuré, ou mal préparé. Voici 4 règles incontournables pour éviter que votre présentation plonge tout le monde dans l’ennui !

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Doctorants et directeurs de thèse (suite) : vers une relation plus satisfaisante

Chose promise chose due, voici une suite à mon précédent post sur les relations entre doctorants et directeurs de thèse ! Il y a quelques jours j’ai eu une conversation par visioconférence avec Pascale Haag, chercheuse de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, qui travaille sur le bien-être des doctorants, et qui a constitué, avec des collègues, un groupe de travail sur le doctorat. Pendant cette discussion, nous avons cherché à dépasser le stade du constat (et surtout du constat négatif) et à dessiner quelques pistes pour améliorer la qualité des relations entre doctorant et directeur.

Vous pouvez visionner la vidéo de notre entretien juste ici :

Les relations avec son directeur de thèse : pourquoi est-ce (parfois) si difficile?

C’est LE sujet qui anime les conversations entre doctorants et ne peut en laisser aucun indifférent : le directeur (ou la directrice) de thèse. Aborder ce sujet, c’est ouvrir les vannes de toute une gamme de sentiments. Citons parmi les plus fréquents :

  • la peur du jugement (« qu’est-ce que le directeur pense de ma thèse… et de moi ?! ») ;
  • l’espoir démesuré (« aimera-t-il mon travail ? Va-t-il m’aider ? ») ;
  • la colère (« mon travail ne l’intéresse pas, il ne répond même pas à mes courriers… »).

Bref, la relation entre un thésard et son directeur, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Je ne prétendrai pas ici faire le tour de cette question, mais commencer à expliquer la source de quelques problèmes relationnels parmi les plus fréquents.

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Je ou Nous? Éternel dilemme de l’écriture académique

C’est une question que se posent aussi bien les néophytes que les chercheurs confirmés : comment s’évoquer soi-même dans un travail de recherche? Peut-on employer le pronom « je »? Est-ce malpoli? Pédant? Ou est-ce au contraire le « nous » qui est pédant?

Ce débat peut sembler de pure forme ; il n’en est rien. Il révèle en fait une controverse plus profonde sur la neutralité du chercheur. Voici des pistes pour vous y retrouver et faire votre choix en toute conscience !

Le chercheur peut-il être neutre ?
Le chercheur peut-il être neutre ?

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Rédiger : comment s’y mettre?

Ça y est, le moment est arrivé… Vous vous mettez à la rédaction ! Une montagne se dresse devant vous : quelques centaines de pages à écrire, au cours desquelles vous allez devoir tisser votre argument de manière claire et documentée. Cela fait un peu peur, il faut avouer ! Et cette peur peut vous faire perdre beaucoup de temps. Voici un petit florilège de conseils pratiques et méthodologiques pour s’y mettre pour de bon et avec moins d’appréhension.

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Trouver un titre à sa thèse

Le titre d’une thèse (ou même d’un article), c’est la cerise sur le gâteau !

On y pense souvent au dernier moment, quand tout est presque bouclé… et le choix peut se révéler difficile dans l’urgence. Or, ne voir dans le titre qu’un élément accessoire et futile serait une erreur. En effet, un bon titre est plus facilement mémorisé ; il véhicule vos idées ou tout au moins suscite la curiosité à leur égard. Bref, il participe à la mission de diffusion de votre travail.

un titre pour sa thèseLa difficulté principale, c’est d’en dire suffisamment, mais pas trop. Un titre trop bavard est ennuyeux ; un titre trop court laisse des éléments importants dans l’ombre.

Un conseil préliminaire : s’il s’agit de votre thèse, il me semble qu’un dialogue avec votre directeur de recherche concernant le choix du titre est souhaitable. Il y a peut-être des pièges à éviter qui sont propres à votre domaine ; il pourra vous en parler. N’oubliez pas de le consulter avant de lancer l’impression !

Il n’y a pas de solution toute faite pour trouver un titre, mais force est de constater, quand on compulse un catalogue de thèses, qu’il existe certaines caractéristiques qui reviennent souvent ; je me suis amusée à classer les titres de thèse en 3 catégories, qui vous aideront peut-être à choisir ce qui vous convient et à comprendre ce qui peut constituer un bon titre, pour une thèse ou tout autre travail de recherche. Pour préparer cet article, j’ai visité le site du fichier central des thèses : suivez ce lien si cela vous intéresse. C’est une source d’inspiration!Continue reading →

Une question au coeur de votre recherche (partie 2)

Si vous avez lu la première partie de l’article, vous savez pourquoi il est fondamental de garder en tête une question centrale lors des différentes phases de votre travail, et de la reformuler régulièrement. Mais comment être sûr de poser une bonne question ? C’est ce que nous allons voir à présent.

Pour tout ce qui suit, je me suis beaucoup inspirée du « Manuel de recherche en sciences sociales » de Van Campenhoudt et Quivy (éditions Dunod). J’en profite pour vous en recommander la lecture.

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